Dans l’ombre du voyage

  • posté le Mardi 29 mars 2011 à 08h08
  • par Flo

En mars, Marine notre journaliste aventurière nous emmenait sur les sommets à couper le souffle du Ladakh, mais même 10 pages de magazine ne suffisait pas à tout dire…

Dans Shi-zen, je n’ai pas mentionné une partie de la population sans qui ce voyage n’aurait pas été réalisable.
Pour traverser la chaine de l’Himalaya et arriver dans la vallée de l’Indus, la route qui flirte avec le ciel est la troisième plus haute au monde, en dépassant à deux reprises 5000 mètres. Conduire sur ces routes c’est du grand art. De l’équilibrisme! Quand deux Tata, ces camions si typiques du sous-continent, se croisent sur un sentier, s’embourbent, mordent sur le précipice de 1000 mètres, il n’y a qu’a retenir sa respiration en souhaitant que la vieille carlingue n’ira pas nourrir l’amas de véhicules écrasés au fond du gouffre. Et puis ça passe. Et l’on salue d’un geste les visages burinés, tannés, qui prennent une soupe en bord de route, déplacent des pierres, cassent la roche, creusent les montagnes, sculptent les cols, pour laisser passer les convois de touristes et de provisions.
Mais ces gens, la nuit, à 2 jours de route du village le plus proche, où dorment ils?


Ici, à 4500 mètres, là où toi le temps d’un pissou tu as vu défiler ta vie devant tes yeux parce que tu t’es accroupie et que le manque d’oxygène t’a cloué au sol.
Ces gens, ce sont des Biharis. Le Bihâr est l’état le plus pauvre de l’Inde. Et ces travailleurs sont les seuls qui acceptent de travailler dans des conditions extrêmes, pour 80 roupies (1,20€) par jour. Il fut un temps, c’était les Népalais qui entretenaient cette route. Ils se sont enrichis et tiennent maintenant ces tentes restaurants, petites oasis étranges dans lesquelles le voyageur vient se forcer à boire l’eau qui atténuera le mal de l’altitude, engloutira un chappattis-omelette, et piquera un somme sur la banquette près du poêle. Près de ces mêmes tentes descendent parfois les travailleurs de la route, entassés dans des remorques, avant de rejoindre un énième glissement de terrain, pour redresser la montagne récalcitrante qui empêche les touristes d’affluer.

Il faut bien imaginer ce qu’est vivre à une telle altitude. Même les sherpas, peuple népalais de la région de l’Everest peuvent souffrir du mal de l’altitude. Les Ladakhis eux-mêmes, après un séjour à Delhi (souvent pour la période hivernale) doivent se ré-acclimater à leur retour dans les montagnes. Mais ils vivent à 4000 mètres. Les Biharis sur les routes de l’Himashal Pradesh travaillent à 4500 mètres en moyenne, jusqu’à 5000 mètres et plus. La pression moindre fait qu’à 5000 mètres il ne reste que 50% de l’oxygène disponible au niveau de la mer. Le sang, appauvri en oxygène s’épaissit considérablement. Les troubles vont du simple mal de tête aux œdèmes pulmonaires puis cérébraux, entrainant la mort. Ils sont la de l’ouverture à la fermeture de la route, en général de mai à octobre. Même en plein été, les nuits sont glaciales. Les tentes, tendues sur des piquets sont plus que rudimentaires. A peine y a-t-il un container d’eau, pour la cuisine et la toilette.

Je tenais à vous les présenter. Bien plus que les alpinistes qui atteignent une fois un sommet, ces hommes sont des héros du quotidien, qui mène un combat pour leur propre survie et celle de leur famille.

    Un commentaire

    Chrystelle

    • posté le 31 mar. 2011 à 13h36

    Merci Marine.

    retour au site