Bonjour,
Une fois de plus, c’est à vous de jouer ! Shi-Zen a besoin de vous pour exister, et cette fois ci, nous avons encore une fois des thématiques super fun à vous proposer :
- en mai, c’est fait ce qu’il te plait, mais mai c’est aussi la fête du travail. Et on s’est dit que c’était pas forcément incompatible… Alors, racontez, c’était quand la dernière que vous avez fait ce qui vous plaisait au boulot, et qu’est-ce que ça a donné?
Si vous avez une anecdote sympa, ou pleins, d’ailleurs, renvoyez les à info@shizen-lemag.fr avec le titre « micro-trottoir »
- le printemps, c’est le moment où fleurissent, dans tous vos magazine féminin, des recettes de régimes révolutionnaire, qui vous feront maigrir de 35kg en 3jours et vous les reprendrez pas et grâce à ça vous deviendrez riche et célèbre et tout ça. Nous aussi, on va vous parler régime ou plutôt, vous allez nous en parler : racontez nous, c’est quoi, votre pire souvenir de régime ?
Si vous avez une anecdote sympa, ou pleins, d’ailleurs, renvoyez les à info@shizen-lemag.fr avec le titre « c’est du vécu »
Pour ces deux thème, merci de nous renvoyer vos petites histoires avant le 29 mars




5 commentaires
Marine et Tiphaine
Alors c’est bien simple, le 21 mars, les bourgeons bourgeonnes, le soleil brille (ou en tout cas il essaie), les oiseaux chantent, et nous 2 on se collait (c’était avant assumage de nos fesses) à un régime. Le plus farfelu? J’hésite: entre le régime Royco Minut’ Soupe où tu te nourris d’une soupe déshydratée le soir (et que tu te lèves à 4heures du mat pour vider la boite de muesli) ou le régime Gerlinéa, tu engloutis un yaourt, en tout et pour tout, à midi, parce que sur le paquet y’à écrit que ça cale.Oon doit pas avoir les mêmes estomacs que les testeurs, parce qu’en général, après l’effet danette, on tenait 2 heures avant de s’enfiler une gaufre liégeoise. Maintenant on mange des choses choisies, cuisinées, on sait se limiter à partir de la 4 ème crêpe (ou pas) et on ne se prive pas de cet aspect essentiel de la vie qu’est la gourmandise!
marine et Tiphaine, 24 et 27 ans, professions: prof et psychologue
melodye
Je vais dénoter un peu en disant que j’aime aussi faire mon travail le we!! Et vi!
) peut être même plus! Je m’explique: Je suis paysagiste concepteur…et le week end….nous adorons faire notre boulot en nous promenant dans les parcs, places, rues aménagées…! donc si vous croisez un ziozio avec un appareil photo (en mai et tous les autres mois!) qui prend en photo le moindre détail d’un parc par exemple…c’est peut être un paysagiste qui même le week end « travaille » à prendre des références, des idées, des techniques, mais avec beaucoup de plaisir!
concernant les régimes, je n’en fais pas car en bonne lorraine que je suis: j’aime les oeufs, la creme, les lardons….lol! Je fais juste attention, mais pas de regime a proprement parler!
Flo
Merci à vous
Faites tourner à vos amis aussi, nous avons besoin de témoignages
Nadine
Ce qui m’a touchée , en ce début de printemps, c’est de relier ma spécialité professionnelle, la grande difficulté scolaire à ma passion, l’écriture…De la rencontre des deux est née une nouvelle. Elle ne se passe au printemps, non, mais la solitude d’un enfant non lecteur dans une classe est…hors-saison…Alors je la partage avec vous en pensant très fort à Oumarou, à Lætitia, à Victoria, à Moussa et à tous les enfants qui comme eux ont mal à leur vie d’élève…
L’ Art de ne pas savoir lire.
Écarquiller les yeux. Deux billes aussi immenses et profondes que l’effort qu’il devait produire pour paraître attentif. Encore un peu plus. Pas trop non plus, l’air ahuri ne marchait pas très bien.
De toute façon, sa maîtresse ne lui en voulait pas vraiment de ne pas savoir lire. Même si elle lui rappelait sans cesse que son avenir d’homme était coincé entre un s et un u, qu’il n’arrivait jamais à lire ensemble. Jeter un regard vers Clément, son phare, son port d’attache, dans cette classe aux murs écaillés, dans ce temps lourd qui lui plombait le ventre. Tout tendre, le cou, les oreilles, les yeux. Rester toutefois discret ; juste un balayage, rapide, un biais parfait pour apercevoir les lèvres de Clément. « Su », Clément lui soufflait ‘su ». Dire « Su », les yeux un peu moins écarquillés pour éviter l’air victorieux. Voilà, la maîtresse avait acquiescé. « C’est bien, Oumarou, tu fais des progrès. »
Des progrès ? Ne pas la contrarier, jamais. En plus, c’était vrai qu’il en faisait des progrès, et de sacrés. En ruses, en débandade le plus souvent. Avoir l’audition affutée au maximum. Capter le murmure de Clément qui le sortait toujours du moment de torture bienveillante. Sauf que là le moment de torture allait se prolonger. Facile à voir, la maîtresse n’avait pas esquissé un geste, elle restait face à lui, le regard onctueux comme une mousse au chocolat.
– Et m et a, Oumarou, qu’est-ce que ça fait ?
– Ma
La maîtresse sourit. Voilà, là elle était radieuse, au moins, il avait retenu quelque chose.
– Ma comme dans…, poursuivit-elle.
– Ma comme dans maman.
Tu parles d’une victoire en CM1 ! Lui, sa vraie maman, il n’en avait aucun souvenir. A part quelques photos d’un village d’Afrique que ses parents adoptifs avaient soigneusement collées dans un album qu’il aurait préféré ne jamais feuilleter avec eux.
Ma comme dans maternelle, sa première année de souffrance. Cette année là, il y avait eu les a de maman, même qu’il y en avait un qu’on n’entendait même pas, et les deux a de papa. Et l’heure des mamans aussi. Il avait détesté l’école maternelle.
Sa fausse mère, sa mère adoptive, était petite comme un modèle réduit. Elle venait de se faire couper les cheveux très courts, c’était leur seule ressemblance. Sinon sa peau était pâle et criblée de taches de rousseur, aucune chance qu’elle fasse illusion comme mère d’africain. Quant à son père adoptif, il était catalan de Barcelone, mais hélas blond aux yeux bleus.
– A comme dans Oumarou, dit-il.
Il regarda ses mains. Ses mains de malien, sombres, d’un marron très foncé, presque noires par endroit. Il parait que c’était mieux que ça se voie qu’on était adopté. Pas de secret. C’est dans l’intérêt de l’enfant, avait-il entendu dire. Mais jamais on ne lui avait demandé son avis. Lui, il aurait bien aimé jouer à faire semblant. On dirait que Noun et Mathéo sont mes vrais parents. Un jour, deux jours, un mois, un an. Toute sa vie, en fait. Ce n’était pas tout le temps vrai. Des fois, il détestait tout, ses parents adoptifs et sa vie ici.
– Tu fais des progrès, répéta la maîtresse.
Comment avoir définitivement la paix ? …Petite lumière dans les yeux, plisser ses grands yeux noirs qui la faisaient craquer. Ce n’était pas si grave de ne pas savoir lire après deux années en cours préparatoire, un CE1 et un CE2, sans compter les quelques mois en CM1. Mais il fallait montrer en vitrine une vraie envie d’apprendre. Et ce regard, c’est ce qu’il avait trouvé de mieux. Terminer par un léger étirement des lèvres.
La maîtresse lui passa la main dans les cheveux, comme beaucoup d’adultes quand il leur coulait un regard comme ça, puis elle reprit sa place sur l’estrade, la même à chaque fois, à égale distance des bords du tableau noir aujourd’hui recouvert des signes mystérieux d’un texte sur Noël. Maintenant, elle allait s’occuper des bons élèves. Un orage de plus de passé. Mademoiselle Cipriani interrogea Clément, puis Victoria et Lætitia qui lurent très bien en mettant le ton. Surtout Clément qui semblait vouloir faire voltiger les flocons de neige du conte sur la cour de récréation. Son meilleur ami était un génie, toute la classe, les yeux rêveurs, plaignait le pauvre petit sapin de Noël abandonné lâchement après avoir été enluminé et adulé. Une triste histoire de star qui après avoir veillé sur les cadeaux des enfants, avait été injustement déchue. Pauvre petit sapin, jeté le lendemain de Noël, comme lui. Mais Clément avait lu sur Internet que la plupart des Maliens étaient musulmans et qu’ils ne fêtaient pas Noël. Mais rien n’était jamais certain avec les adultes et ce n’était jamais les enfants qui décidaient de ces choses là. Encore moins sur Internet.
Finalement, ce n’était pas si grave de ne pas savoir lire. En fait, il aurait préféré que personne ne sache lire, pour ne plus jamais avoir à écouter des histoires de sapin abandonné. Se boucher les oreilles, sortir de la classe en courant, ce n’était pas des fuites acceptables, ça.
– J’ai mal au ventre, dit-il en levant le doigt.
Nadine Guillemin
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