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Back from le pays inondé

  • posté le Vendredi 13 août 2010 à 08h08
  • par Flo

C’était il y a quelques jours… Le monde apprenait à situer le Ladakh sur un planisphère pendant que sur place on comptait les morts et les disparus…
Et à Shi-Zen on regardait ce désastre avec d’autant plus d’angoisse que Marine, notre spécialiste es voyages à l’autre bout du monde, avait justement choisi d’aller explorer ce coin là de notre belle planète…
A peine débarquée, elle nous raconte… La magie de la découverte et l’effroi devant ce drame, si proche, si loin.

J’ai beau me frotter les yeux, il y a bien un métro en bas, les rues sont calmes, pas de vache sur le boulevard, l’altimètre plafonne à 50 malheureux mètres, je peux même boire l’eau du robinet, et celle de la vaisselle va dans un « tout à l’égout ». J’ai pris une douche, avec du savon ce matin, ça faisait bien longtemps. Et je suis allée chercher mon pain les gambettes à l’air, pas besoin, par respect, de les cacher, puisque JE SUIS RENTRÉE. Pourtant j’ai encore le sang gonflé d’altitude, les cheveux qui sentent la poussière, les lèvres gercées par le désert, et les fringues qui sentent le thé. Ou l’étable, c’est selon.

 

C’est un retour qui laisse perplexe. Le Ladakh. Enclave tibétaine au cœur de l’Inde du nord. État du Jammu et Cachemire. Des sommets déchiquetés, des monastères perchés sur des crêtes acérés, des minarets qui chantent la nuit, une oasis, la vallée de l’Indus, des sentiers sur les flans arides, un peuple qui se maintient face à la misère apportée par le développement. Paradoxes dites vous? Prochainement, vous saurez tout et même un peu plus sur cette destination qui vient bousculer les idées et les rêves, et qui met à l’épreuve les mollets les plus affutés pendant que les yeux clignent tout ce qu’ils peuvent devant tant de gigantisme et de beauté.
Mais pour l’instant, le Ladakh, nom inconnu à une majorité, résonne en tous un peu. « On en a parlé aux infos »
Depuis quelques semaines le Pakistan est noyé par les pluies et l’Indus. Cet Indus qui prend sa source au Tibet dérive tranquillement dans les vallées sèches de l’Himalaya avant de rejoindre l’Océan Indien par le Pakistan (quel provocateur celui là).
Ces vallées sèches sont des déserts où le soleil brille 300 jours par an. Au Ladakh, on ne connait pas la mousson qui reste bloquée par les géants de 6000 mètres qui se dressent entre le sous continent et le plateau Tibétain.
Le peuple est complètement adapté à cet environnement extrême: altitude (et taux d’oxygène bas), été sec et chaud, hiver très froid, avec des températures qui descendent souvent sous -10 voire -20.
Les visages sourient et irradient des origines tibétaines, népalaises et pakistanaises de ces régions peu peuplées. L’accueil est d’un naturel désarmant. Pas de grandes effusions non plus, on ne vous attend pas comme le messie, vous êtes là, c’est ainsi, alors on vous sert le thé, la tsampa, les chapatis. Et puis on essaie de se comprendre un peu, mais pas besoin de faire la conversation des heures, on est assis, ensemble, autour du poêle familial décoré de turquoises et on est bien. Le lendemain, le meuglement d’un dzo (vache métis yack) nous tire de notre torpeur. Les amateurs iront méditer sur les mantras récités d’une voix grave et lancinante par les lamas dans les gompas les plus mystiques. D’autres iront épuiser corps et réveiller esprits sur les cols les plus hauts, là où le manque d’oxygène grise et enivre.

 

Je me la joue poétique mais je suis encore là-bas, et je n’arrive pas à rentrer! Parce que juste après mon départ, un orage d’une violence inouïe a franchi la barrière, a déversé des quantités d’eau jamais vues, qui ont raviné et tout emporté sur leur passage. Les petites maisons en briques crues des habitants ont du faire bien triste mine face aux torrents déchainés. Les mines d’incompréhension à la télévision sont connues.
Les mails que certains ont pu faire parvenir sont désespérés. « We are still taking people out from mud.
Childrens,womens,young guys.many buildings oh god!
It wasn’t good no good.
It takes many years to become good.
What we can do
we can’t do anything. »

 

Et moi je suis là, j’ai pris une douche, et je mange à ma faim. « Nous sortons toujours des gens de la boue. Des enfants, des femmes… »
La télévision montre la rue dévastée que je remontais une semaine auparavant en discutant avec une jeune femme qui travaille pour la valorisation de l’artisanat des petits producteurs locaux.
J’ai reçu de l’amour comme jamais et plus qu’auparavant j’ai cru en la bonté de l’être humain et en son humanité, son humilité. Et on ne peut recevoir tant sans vouloir retourner en assistant à l’impuissance de ceux qui vous accueillaient il y a peu.

 

C’est comme ça que s’est imposée l’idée de récolter vêtements, médicaments, et autres.
Seulement voilà. Récolter c’est bien, mais quoi exactement, et où l’envoyer? La corruption n’est pas un mythe, hors de question de passer par n’importe qui.
J’ai pris contact avec l’ISEC, (International Society for Ecology and Culture) car j’ai rencontré à Leh une dame fabuleuse, Helena Norberg Hodge qui y travaille depuis bien longtemps et qui a appris beaucoup de la culture Ladakhi. Son livre, Ancient Futures, fait un carton puisqu’il nous renvoie directement, nous autres occidentaux, à notre crise, certes financière, mais surtout humaine.
L’ISEC nous éclairera prochainement sur quel type de vêtements ou de médicaments pourraient être bienvenus. En attendant, c’est l’intermédiaire le plus sur par le quel envoyer des dons qui seront utilement employés.
http://www.isec.org.uk/pages/ladakh-relief-fund.html

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