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Des cerises, du poison et des surfers

  • posté le Mardi 15 mars 2011 à 08h08
  • par Carol

Vous avez déjà acheté un taboulé tout fait au supermarché? Ou des pains au chocolats industriels pour le goûter des enfants, parce que la pâte feuilletée c’est bien sympa mais la boulangerie est fermée et on ne vit pas dans sa cuisine pour replier les feuilles toutes les 12 minutes?
Avez-vous l’impression qu’en commençant ce billet j’ai envie de mobiliser autour de moi d’autres filles et mères indignes qui ne préparent pas leur compote maison et ne font pas un gâteau par semaine à leurs enfants?
Eh bien votre impression est totalement infondée. Il n’en reste pas moins que moi, toute éhontée que je suis, il m’est arrivé d’acheter des grossièretés pareilles. Je parle de grossièretés? Marie-Dominique Robin parle quant à elle carrément de poison.

 

Mais si, vous en avez certainement déjà entendu parler. Il faut bien dire que la communication a été très bien menée autour de « Notre poison quotidien », documentaire et livre de Marie-Monique Robin, respectivement sur Arte ce soir à 20h40 et en librairie aujourd’hui. D’ailleurs moi-même, je vous en parle aujourd’hui.
C’est que le mail que nous avons reçu il y a quelques semaines, en forme de teaser, était assez… alléchant, si j’ose dire et je pense qu’effectivement je vais passer à table et regarder ce documentaire.

 

Dans ce mail, la journaliste explique comment, alors qu’elle travaillait sur le passé et le présent peu glorieux de Monsanto, elle a voulu creuser le sujet des 100 000 molécules chimiques, qui ont envahi notre environnement depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle a également voulu en savoir plus sur le lien éventuel entre l’exposition à ces produits chimiques et « l’épidémie de maladies chroniques évitables que l’organisation mondiale de la santé (OMS) constate essentiellement dans les pays dits développés ».
En faisant le tour de la presse spécialisée, des rapports, des études scientifiques, en rencontrant des experts (toxicologues, biologistes, représentants des agences de réglementation), en consultant les archives de l’OMS, Marie-Monique Robin a pris conscience de ce que nous mangeons, et a décidé de le partager avec nous.

 

A commencer par la recette de la tarte à la cerise, version rayon de supermarché (pas celle que votre grand-mère fait avec les cerises du voisin), fournie dans le mail:

Voici, d’après Claude Bourguignon, ancien ingénieur agronome à l’INRA, et co-fondateur du Laboratoire d’analyse microbiologique des sols, la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d’une tarte aux cerises de supermarché, depuis le champ de blé jusqu’à l’usine agro-alimentaire.

 

Histoire de la pâte:
- Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d’un fongicide avant semis.
- Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d’éviter la verse et 1 dose importante d’engrais: 240 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l’hectare, tout de même!
- Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl.
- Pour la mouture,La farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l’acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l’amylase.

 

Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l’amidon est blanchi au permanganate de potassium. Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l’hydroxytoluène de butyl et un émulsifiant type lécithine.

 

Histoire de la crème:
- La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des œufs, du lait, et même de l’huile.
- Les œufs proviennent d’un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des :
- antioxydants (E300 à E311),
- arômes,
- émulsifiants: alginate de calcium,- conservateurs : acide formique,
- colorants: capsanthéine,- agents liants: lignosulfate
- et enfin des appétants: glutamate de sodium, pour qu’elles puissent avaler tout ça.
Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens. Les œufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l’acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.

 

- Le lait provient d’un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques:
- antibiotiques: flavophospholipol(F712) ou monensin-sodium (F714)
- antioxydants: ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),
- émulsifiants: alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),
- conservateurs: acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284),
- composés azotés chimiques : urée (F801) ou diurédo-isobutane (F803),
- agents liants: stéarate de sodium,
- colorants: F131 ou F142
- et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium.

 

- Les huiles, quant à elles, ont été:
- extraites par des solvants comme l’acétone,
- puis raffinées par action de l’acide sulfurique,
- puis lavage à chaud,
- neutralisées à la lessive de soude,
- décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium
- et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc.
- Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.

 

La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l’acide alginique (E400)

 

Histoire des cerises
Les cerisiers, ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.
Les cerises sont décolorées à l’anhydride sulfureux et recolorées de façon uniforme à l’acide carminique ou à l’érythrosine.
Elles sont plongées dans la saumure contenant du sulfate d’aluminium et à la sortie elles reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).
Elles sont enfin enduites d’un sucre qui provient de betteraves qui, comme le blé, ont reçu leur dose d’engrais et de pesticides.
Le sucre extrait par décantation à la chaux et à l’anhydride sulfureux puis décoloré au sulfoxylate de sodium, puis raffiné au norite et à l’alcool isopropylique. Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.

 

Alors, je me doute qu’elle nous présente là la pire version, et je me demande si il n’y a pas parfois sous ces mots qui impressionnent des choses pas si effrayantes (je rappelle que chlorure de sodium par exemple, c’est juste du sel, pas la même d’aller chercher un masque à gaz quand vous le croisez sur une étiquette) mais, franchement, mieux vaut s’allonger sur une plage californienne à regarder des jeunes surfers s’ébrouer dans l’eau (au hasard).

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