On a cru un instant que le printemps était là, mais non, l’heure est encore aux longues soirées d’hiver, avec feu de cheminée en option pour les plus chanceux… Un temps à (re)lire des contes de fées!
Qui n’a jamais entendu l’histoire de la petite fille en rouge qui rencontra le loup? « Tire la chevillette, la bobinette cherra », nous avons tous retenu cette phrase. Nous n’avions aucune idée de ce qu’était la chevillette ni la bobinette et ne savions pas conjuguer le verbe choir, mais c’était le loup qui parlait et la petite fille était en danger. Nous le savions, pas elle! Qu’allait-il arriver?
Vous rappelez-vous qu’à la fin, personne ne sauve la fillette?
« Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents.
- C’est pour te manger.
Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea. »

La première version écrite du Petit Chaperon Rouge serait celle de Charles Perrault en 1697. Mais il ne l’a pas inventée: les contes se racontaient alors dans les campagnes, à la veillée. Perrault en a fait des versions littéraires pour les salons de son époque. Fait amusant, ils sont ensuite revenus à la campagne par les livres de colportage que les villageois lettrés lisaient à voix haute. Et certains contenaient des contes de Perrault.
A la fin de son « petit chaperon rouge », la fillette est dévorée et Perrault ajoute une longue moralité où il parle des jeunes filles qui se font séduire.
Les contes, c’est pour les enfants qui deviendront grands
Dans « Psychanalyse de contes de fées », Betteilheim critique cette version et rappelle ce que doit être un conte:
« Le Petit Chaperon rouge de Perrault perd beaucoup de son charme parce qu’il est trop évident que le loup du conte n’est pas un animal carnassier, mais une métaphore qui ne laisse pas grand-chose à l’imagination de l’auditeur. Cet excès de simplification, joint à une moralité exprimée sans ambages, fait de cette histoire, qui aurait pu être un véritable conte de fées, un conte de mise en garde qui énonce absolument tout. L’imagination de l’auditeur ne peut donc pas s’employer à lui trouver un sens personnel. [...]
On supprime toute la valeur du conte de fées si on précise à l’enfant le sens qu’il doit avoir pour lui. Perrault fait pire que cela: il assène ses arguments. Le bon conte de fées a plusieurs niveaux de signification. Seul l’enfant peut découvrir la signification qui peut lui apporter quelque chose sur le moment. Plus tard, en grandissant, il découvre d’autres aspects des contes qu’il connaît bien et en tire la conviction que sa faculté de comprendre a mûri, puisque les mêmes contes prennent plus de sens pour lui. Cela ne peut se produire que si on n’a pas dit à l’enfant, de façon didactique, ce que l’histoire est censée signifier. En découvrant lui-même le sens caché des contes, l’enfant crée quelque chose, au lieu de subir une influence. »
Il n’y jamais qu’une version à une histoire
Comme le rappelle Nicole Belmont dans la postface de « Les histoires du petit chaperon rouge racontées dans le monde » (éd. Syros), ce conte est très connu en France -parodié, utilisé par les médias- mais la référence est toujours la version de Perrault. Il existe pourtant d’autres versions.
Dans d’autres versions françaises, le loup invite souvent l’enfant à manger la grand-mère qu’il a préalablement cuisinée, motif que Perrault a éliminé dans sa version. Et il est très rare de trouver une coiffe rouge, Perrault aurait voulu ainsi ancrer son histoire au Moyen-âge, époque où l’on portait un chaperon.
Dans l’une des versions des frères Grimm (ils en ont écrit plusieurs) : la fillette et la grand-mère seront sauvées par un chasseur. C’est l’un des rares contes de veillée destinés aux enfants: à la fin, la fillette retrouve sa mère. Les contes merveilleux avec les différentes épreuves, leurs objets magiques et la séparation d’avec les parents n’étaient, eux, pas destinés aux plus jeunes.
Dans le reste de l’Europe, le petit chaperon rouge était peu connu. Il se pourrait que ce conte vienne d’Asie: on trouve là-bas de nombreuses versions où des enfants affrontent un tigre, un ours ou un ogre.
L’excellent site Livres au trésor du centre de ressources pour le livre jeunesse a référencé de nombreux albums et recueils avec des variantes de ce conte dans différents pays sur trois continents, mais sa bibliographie n’inclue pas les parodies.
Le site de référence pour les bibliothécaires et les mamans, Ricochet-jeunes liste divers illustrateurs du conte de Perrault et des adaptations récentes.
En savoir plus sur les versions de Perrault et Grimm sur le site de la BNF.
Vous trouverez des parodies et détournements ici et là (entre autres).
Quelques albums publiés en 2010
Rue du Monde a pour vocation depuis sa création en 1996 de « titiller l’intelligence des enfants, leur esprit critique et leur sensibilité artistique. Cette maison d’édition parle souvent du droit des enfants, du racisme, de solidarité, de poésie et n’hésite pas à parler de la guerre dans des albums presque dérangeants.
Ils ont édité « Le petit chaPUBron rouge » (14 €), en collaboration avec leurs illustrateurs fétiches. Cette version de Perrault est rendu très drôle par la présence intempestive de publicités « La bonne galette de chénou », « La pâte à se tartiner aux noisettes » et j’en passe. Après tout, on accepte qu’un film (ou un dessin animé) soit entrecoupé de pubs, alors pourquoi pas un livre? Et moi, rentrant d’un séjour au Québec où j’ai découvert la télé américaine, je dis « halte aux pubs! ». Au Québec comme aux USA, il y autant de durée de pub que de durée de film, un cauchemar! Je pense que ce livre fera écho pour vous aussi. A chacun d’en rédiger la moralité.

Didier Jeunesse est la maison d’édition à connaître pour les comptines et les contes-randonnées (pour les maternelles). Une de ses préoccupations: des illustrations réétudiées jusqu’à ce qu’elles offrent plusieurs interprétations pour ne pas réduire l’imaginaire des enfants. Une nouvelle collection de contes « Contes du temps d’avant Perrault » propose maintenant les versions oubliées et politiquement incorrectes.
Un éditeur qui parle à l’intelligence sans négliger l’esthétique des mots et des images.
« Oh, ma grand, que vous êtes poilouse! » Quelques expressions en vieux français rendent ce texte savoureux. Cette ancienne version est retravaillée par le grand Jean-Jacques Fdida. Le début est puissant: une petite fille est habillée de fer et ne pourra sortir de chez elle tant qu’elle les portera, alors « la petite a frotté son habit contre la terre » et elle réussit à s’en débarrasser. Elle a enfin le droit d’aller dans la forêt! La fin du conte y est différente de celle de Perrault. Les illustrations de Régis Lejonc y ajoutent une part de mystère.
La préface est de Bernadette Bricout, qui a publié dès 1982 une étude sur les symboles dans « Le petit chaperon rouge. Elle a étudié la biographie de Perrault et le contexte social de son époque. Elle a comparé la version de Perrault aux versions populaires collectées au 19è siècle.





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